une jeune fille se retourne et regarde
un instant d’éternité

Là où je travaille lorsque je n’écris pas, il y a un jardin intime et tout petit, entre deux maisons, dans lequel pousse une vigne folle et volage .

Un jeune homme est dans le jardin. Il est assis sur un banc de pierre, fume et regarde le ciel. Un vol d’oies sauvages passe et tourne juste au dessus de nos têtes :

  • ( moi) : elles partent vers le sud, au Maroc ça veut dire qu’il va faire froid
  • ( lui) : ben moi, je ne sais pas où je vais passer l’hiver !

Une autre fois, un jeune homme se penche vers moi , et baisse la voix, soudain sérieux :

 » chaque fois que je viens vous voir, il faut que je passe le mur des voix ! »

Ce matin, en me levant après avoir regardé un épisode de « the affair », je me demandais si , comme le dit la série, l’amour qu’éprouvent parfois deux enfants l’un pour l’autre, est aussi pur que le suggère Shakespeare ou si deux adultes peuvent éprouver un amour intense comme des enfants. Et je me suis dit qu’en amour, comme ailleurs, il faut un apprentissage.  L’amour est peut-être donné à certains,  mais ensuite, il faut le laisser grandir sans le faire mourir, comme les plantes et les enfants. Les plantes ça semble plus facile que pour les enfants, encore que…

Vous me pardonnerez le côté kitch de mes réflexions, il est à peine 7 heures du matin et je n’ai pas encore pris de café ! ET,  je jette un coup d’oeil dans le ciel.

La lune se découpe avec une netteté et une clarté exceptionnelle, un fin croissant, le premier du nouveau cycle. C’est la fin de la nuit, quelques nuages roses s’égrènnent dans un ciel limpide. C’est magnifique, un dégradé de rose, gris et doré, on dirait une estampe, ou une peinture des maîtres hollandais. La clarté de « la jeune fille à la perle », la lumière aussi.  Quels mots décrivent ça, quels mots disent la lumière d’un matin ? Est-ce que Dieu est japonais, pour avoir peint de si beaux décors.Ou est-ce que les japonais ont approché Dieu pour avoir peint les estampes ? Est-ce que les peintres croisent Dieu, le matin, en se levant ? Est-ce que les poètes tutoient la folie ? ou est-ce que la folie est un autre langage  avec dedans une beauté effleurée ?

La lune est ma planète, j’ai longtemps hésité à me tatouer une lune en croissant dans un ciel d’orage ou dans le ciel du matin, sur une cheville, au creux du poignet, ou sur la nuque, là où le corps se fait intime. Mais le tatouage n’est pas pour moi, même si je ne déteste pas le côté « bad boy », un peu dévoyé maintenant, je préfère l’éphémère, la ronde des nuages, la découpe de la lune, et mon corps sans tatouage. J’écrirai ailleurs que sur moi.

Je me demande si aujourd’hui, je vais « passer le mur des voix » et écrire , peut être bien…

Bonne journée

SARAHLOUP